L’œil de Fénelon

Édition automne-hiver 2025-2026
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Les boissons énergisantes donnent-elles vraiment des ailes ?

Édition automne-hiver • Auteur : Ludivine Riou et Louise Moiras

Photo 
        d'une canette de Redbull posée verticalement sur un fond blanc

(Photo par PNG ARTS)

Dans les rayons des supermarchés, sur les panneaux publicitaires ou sur les réseaux sociaux, les boissons énergisantes sont partout. Elles se présentent comme les meilleures alliées de ceux qui cherchent un coup de boost rapide. Présentées comme des remèdes miracles contre la fatigue, censées améliorer la concentration et les performances sportives, elles séduisent un public de plus en plus large : adolescents, travailleurs pressés, sportifs… Mais derrière leurs slogans percutants se cachent aussi des risques qu’on ne peut ignorer.

Ces boissons font aujourd'hui partie du quotidien des Français, mais cela n’a pas toujours été le cas. Avant 2008, elles étaient interdites à la vente au sein du pays. Depuis, leur succès n’a fait qu’augmenter, surtout chez les 18-35 ans qui représentent plus de la moitié des consommateurs.

En 2025, leur consommation dans la restauration a bondi de près de 9 % en un an, soit trois fois plus vite que celle des sodas ! Elles représentent désormais près de 10 % du marché des boissons non alcoolisées en France. Un marché florissant dominé par Red Bull (51 % du volume en 2023) et Monster (31,9 %). Ces marques promettent à leurs consommateurs énergie, concentration et endurance. En réalité, ces boissons contiennent surtout de la caféine, du sucre (jusqu’à 38 g pour 100 ml !), de la taurine (un stimulant) et des vitamines.

Graphique
des parts de marchés des boissons énergisantes (51 % Redbull ; 31,9 % Monster ; 17,1 % autres)

Les parts de marché des boissons énergétiques (photo par Septian Kriswinanto)

Mais pourquoi nous donnent-elles l’impression d’un regain d’énergie ?

La caféine agit directement sur le cerveau : elle bloque le fonctionnement de l’adénosine, une molécule responsable de la sensation de fatigue. Résultat : on se sent plus éveillé, même si le corps a besoin de repos.
Beaucoup pensent que les boissons énergisantes sont bénéfiques pour les sportifs. Eh bien cette idée est fausse. Il existe une grande confusion entre boisson énergétique et boisson énergisante. L’une s’avère utile quand l’autre se révèle contre-productive, voire contre-indiquée.

Les boissons énergétiques (représentées par les marques Isostar, Gatorade, Powerade) contiennent de l’eau, du sucre et des électrolytes (sel, potassium, magnésium). Elles aident les athlètes à compenser les pertes liées à la transpiration et à reconstituer les réserves d’énergie. Les boissons énergisantes, au contraire, sont trop sucrées et ne remplacent ni l’eau ni les minéraux. Malgré ces différences évidentes, les marques de boissons énergisantes entretiennent volontairement la confusion : mêmes designs, mêmes discours, mêmes promesses de performance. De quoi tromper facilement les consommateurs à la recherche de performance. Cette confusion volontaire nous invite à nous intéresser aux stratégies marketing utilisées par les géants des boissons énergisantes.

Prenons le cas de Red Bull, leader incontesté du marché. La marque met en avant les « effets positifs » de sa boisson sur le corps et le cerveau : meilleure concentration, vigilance accrue, énergie décuplée. Selon elle, « Red Bull Energy Drink est appréciée dans le monde entier par les athlètes, les étudiants, les travailleurs exigeants et les conducteurs sur les longs trajets ». La marque insiste sur le caractère universel de sa boisson.
Mais par-dessus tout, Red Bull construit son image de marque autour du sport de l’extrême. La marque sponsorise des stars comme Armand Duplantis (saut à la perche) ou Max Verstappen (Formule 1). Elle finance également des événements spectaculaires tels que le Red Bull Cliff Diving (plongeon depuis des falaises), le Red Bull X-Fighters (motocross freestyle), ou encore le Red Bull Stratos, une chute libre depuis la stratosphère.
Derrière son célèbre slogan — « Red Bull donne des aiiiiles » —, la marque cherche à se présenter comme l’alliée des sportifs et de leurs performances extrêmes et insolites. Les vidéos d’athlètes réalisant ces prouesses créent une image de puissance et de dépassement de soi. Résultat : les jeunes s’identifient et consomment pour espérer avoir les mêmes résultats.
Pour ne pas lasser ses consommateurs, Red Bull innove sans cesse : nouveaux goûts (abricot-fraise, fruit du dragon, pastèque, myrtille…), éditions limitées avec des canettes plus colorées. Depuis 2003, la marque propose aussi des versions allégées en sucres ou plus naturelles. Il s’agit là d’une façon de rassurer les consommateurs soucieux de leur santé. Mais les effets réels restent eux bien réels.

Le goût sucré et le gain d’énergie immédiat séduisent, mais les risques sont nombreux. Ces boissons contiennent beaucoup de caféine et de sucre, souvent combinés à d’autres stimulants comme la taurine. Résultat : le rythme cardiaque s'accélère, la tension augmente, et le système nerveux est surstimulé. Une canette correspond à environ 36 g de sucre (soit six morceaux) et 80 mg de caféine. Selon Santé Canada, un adulte ne devrait pas dépasser 400 mg de caféine par jour. Pour un adolescent, la limite est d’environ 138 mg — soit moins de deux canettes.
Les effets secondaires les plus courants sont des tremblements, palpitations, troubles du sommeil, maux d’estomac, maux de tête, anxiété et hypertension. Chez les plus jeunes, ces symptômes sont souvent amplifiés en raison de leur poids corporel plus faible et de leur sensibilité accrue à la caféine.
Mélanger des boissons énergisantes à de l’alcool est vu à tort comme un moyen de contrebalancer ses effets. Or, la caféine masque les effets de l’alcool, donnant une impression de vigilance. On se croit plus sobre qu’on ne l’est vraiment, ce qui pousse à boire davantage et augmente les comportements à risque.

Illustration présentant
la composition d'une canette de 25 cl de Redubll : 1000 mg de taurine (acide aminé synthétique soit cinq fois supérieur au beson 
journalier), 27 g de sucre (risque diabète, obésité), eau gazeuse, 80 mg de catéine (même quantité qu'un café serré), eau gazeuse ; présente
aussi les effets secondaires (tremblements, palpitations, troubles du sommeil, maux d'estomac, maux de tête, anxiété et hypertension), le nombre de vente dans
le monde (12,6 millions de canettes par jour soit 146 canettes par seconde), boisson fortement déconseillée aux enfants et danger si associée 
à l'alcool ; 30 % du chiffre d'affaire est fait grâce au marketing

(Illustration par les autrices, Ludivine Riou et Louise Moiras)


Concernant les performances mentales, les études citées par les marques sont souvent peu fiables : elles ont été effectuées sur des échantillons trop petits, des boissons différentes et les résultats sont exagérés. Les effets à long terme inquiètent aussi les scientifiques. Une étude britannique de 2023, réalisée sur plus d’un million de jeunes dans 21 pays, a montré que la consommation régulière pouvait nuire à la santé physique et mentale, jusqu’à deux ans plus tard.
Au-delà de leurs effets immédiats, les boissons énergisantes peuvent également créer une forme de dépendance psychologique. La caféine agit sur le cerveau en libérant de la dopamine, l’hormone du plaisir. C’est ce qui peut rendre ces boissons addictives. Plus on en boit, plus le corps s’habitue. Et si on arrête brusquement, les symptômes de manque apparaissent : maux de tête, irritabilité, fatigue…
Deux heures après la consommation arrive souvent un « crash énergétique » : le consommateur ressent de la fatigue, une baisse de moral, une certaine nervosité. Cela crée un cercle vicieux qui pousse à en boire de nouveau.

Bien que le goût sucré et l’effet « énergisant » de ces boissons séduisent de plus en plus de jeunes, nous avons vu que leurs risques ne doivent pas être négligés. Les sportifs devraient privilégier les boissons énergétiques, mieux adaptées à l’effort, ou simplement de l’eau. Rappelons-le : un adulte ne doit pas dépasser 400 mg de caféine par jour, et un adolescent environ 2,5 mg par kilo. Une seule canette de boisson énergisante contient en moyenne 80 mg, contre « seulement » 35 mg pour un Coca-Cola. Le dépassement arrive vite.
Pour limiter les dangers, il faudrait renforcer la prévention, surtout à l’école et dans les milieux sportifs. Mieux informer sur les effets des boissons énergisantes et les alternatives saines aiderait les consommateurs à faire des choix plus éclairés. Par ailleurs, au Royaume-Uni, les moins de 16 ans n’auront bientôt plus le droit d’en acheter. Selon le gouvernement, 100 000 enfants en boivent au moins une par jour, dont un tiers des 13-16 ans. Une mesure forte permettant de répondre aux inquiétudes des enseignants et des parents.

SOURCES :
Boissons énergisantes : à consommer avec modération ? - M6 Info
Les boissons énergisantes, trop banalisées ? - Radio-Canada Info
Les boissons énergisantes et les boissons pour sportifs - Soins de nos enfants
L’impact du marketing d’influence sur le marché des boissons énergisantes - Digital HEC Montréal
Boissons énergisantes : les tactiques de marketing portent leurs fruits - La Rotonde
Boisson énergétique et boisson énergisante : quelle différence ? - Futura
Les boissons pour sportifs et les boissons énergisantes chez les enfants et les adolescents - Société cadanienne de pédiatrie